LE CHAT DE LA STREET T.V.

vendredi 8 juillet 2011

FRANCE : L'Amérique d'Obama investit nos banlieues

Pour l’administration américaine, cette conquête des quartiers « sensibles » en France va bien au-delà des stars d’Hollywood. 

Sylvester Stallone à Rosny, après John Travolta, Samuel L. Jackson à Bondy… De grandes vedettes américaines en visite en banlieue, au cœur de la Seine-Saint-Denis, ce n’est plus une incongruité, c’est une réalité. Si Hollywood n’hésite plus à traverser le périphérique pour venir à la rencontre de son public populaire, l’administration américaine a entamé cette démarche dans les « quartiers sensibles » depuis près de dix ans. Une affaire d’image, bien sûr. Mais aussi et surtout une question de politique et de diplomatie.

« Nous tissons des liens avec la France entière. Et les Français sont partout, y compris en banlieue et dans le fameux 9-3. » Paul Patin, porte-parole de Charles Rivkin, l’ambassadeur des Etats-Unis en France, plante immédiatement le décor. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et les émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises en 2005, les Etats-Unis ont renoué avec ce que Patin appelle, en bon diplomate, « les ponts jetés entre les peuples ». En d’autres termes : le renseignement humain. Un retour aux fondamentaux.

Dans la France multiculturelle d’aujourd’hui, un pays qui compte en outre la plus importante communauté musulmane d’Europe, l’Amérique ne veut plus prendre le risque de voir une frange radicalisée des « minorités visibles » se retourner contre elle. Ses services ont donc effectué, année après année, un impressionnant et minutieux travail pour répertorier des têtes d’affiche de la société civile, majoritairement issues de la diversité, dans les banlieues françaises. Au point de disposer désormais d’une base de données exceptionnelle sur le sujet. Un immense « listing de la diversité » géré et alimenté par Randiane Peccoud, personnage incontournable dans l’annuaire des quartiers, responsable au bureau des affaires culturelles de l’ambassade, où elle est chargée de la société civile.

Pour les Etats-Unis d’Obama, « le 93 », c’est « la France d’aujourd’hui ». Une France des cités d’où émergent des trentenaires, leaders d’opinion, culturels, associatifs et, bien sûr, politiques (voir l’interview d’Ali Soumaré) que l’administration américaine encourage, flatte, aide, consulte et suit à la trace.

Cette promotion des talents passe encore par le traditionnel programme des « Visiteurs internationaux » (voir le témoignage de Saïd Hammouche, ci-dessous). En d’autres temps, Nicolas Sarkozy, François Fillon ou encore Lionel Jospin en ont profité et traversé l’Atlantique. Aujourd’hui, entre 25 % et 40 % de ses bénéficiaires sont issus des banlieues. Au printemps dernier, Rokhaya Diallo (de l’association Les Indivisibles) et Ekoué, rappeur du groupe La Rumeur, étaient, entre autres, du voyage. En contrepartie, l’ambassade dit ne rien attendre. Mais l’essentiel a été fait avant, sur le terrain.

Le mois prochain, un nouvel attaché culturel de l’ambassade, Rafic Mansour, débarque à Paris. C’est peut-être un hasard, mais Mansour vient de passer un an dans la « zone verte », à Bagdad, en Irak. Son précédent poste ? Il était à Alger.





Le témoignage de Saïd, chasseur de têtes des quartiers

Saïd Hammouche (37 ans) est né à Paris et a grandi à Bondy, en Seine-Saint-Denis. Fondateur du cabinet de recrutement Mozaïk RH, qui vise à favoriser la diversité dans l’entreprise, il livre son expérience sur le programme d’échange américain dont il a bénéficié fin 2008.

« Je suis parti aux Etats-Unis dans le cadre du programme des « Visiteurs internationaux » fin novembre 2008 et je suis revenu juste avant Noël, pile entre l’élection et la prise de fonctions de Barack Obama. J’avais déjà fondé une société de recrutement, spécialisée dans le domaine de l’égalité des chances et la promotion de la diversité, mais il était vraiment difficile de nouer des contacts concrets avec les ministères de l’Emploi, du Travail, ou le secrétariat d’Etat chargé de la Politique de la ville. En France, on a toujours du mal à sortir des idées préconçues sur la banlieue. Cependant, le bouche-à-oreille fonctionnait. Alors, un jour, j’ai reçu un coup de fil de Randiane Peccoud, qui me proposait un rendez-vous de deux heures à l’ambassade. Le contact a tout de suite été simple et fluide. J’ai effectué mon séjour un an et demi après ce premier contact. C’était clair et sain, on m’a dit : « On a envie que vous compreniez mieux comment fonctionnent les Etats-Unis. Allez voir de vos propres yeux et faites-vous votre opinion. » J’avais un guide-traducteur à ma disposition. En trois semaines sur place j’ai visité quatre Etats et obtenu 52 rendez-vous, dont plusieurs de très haut niveau. En une heure, là-bas, on peut monter un deal.

Pour eux, ces voyages servent à briser nos idées reçues sur leur pays. On n’est pas dupes de leur démarche, on sait qu’on est peut-être manipulés mais je comprends mieux aujourd’hui la volonté de créer, d’entreprendre et d’avancer des Américains. C’est quelque chose de très fort, que je connaissais mal auparavant. En fait, cela m’a permis de me conforter dans la vision de mon métier d’entrepreneur social. »

source : francesoir.fr


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