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lundi 1 août 2011

PALESTINE : Gaza 1956 prix France Info de la BD d'actualité (vidéo)

Le 17e Prix France Info de la bande dessinée d'actualité et de reportage a été attribué mercredi à Joe Sacco
Il est récompensé pour son album  "Gaza 1956, en marge de l'Histoire" aux éditions Futuropolis.Gaza 1956, c'est l'histoire, en BD, d'un crime de guerre commis par l'armée israélienne à Gaza en 1956.

 Né à Malte, Joe Sacco, 50 ans, vit à Portland aux Etats-Unis et fait figure  de chef de file de ce que l'on appelle la BD reportage.
« J’ai trouvé cela exaspérant » écrit Sacco. « Cet épisode – le plus important massacre de Palestiniens sur le sol palestinien, s’il l’on en croit le chiffre de 275 morts avancé par l’Onu –méritait bien peu d’être renvoyé  dans les ténèbres ».
Extrait de "Gaza 1956" (ED Futuropolis) A gauche, Joe SaccoUne BD de 400 pages d'une force incroyable, parfois insoutenable. Dans ce récit très impressionnant en noir et blanc, on suit en images le journaliste-dessinateur Joe Sacco dans le Gaza d’aujourd’hui, on interroge les témoins directs. Et on vit le récit des témoins des massacres, grâce au réalisme des dessins, comme si on suivait un reportage télé. Cela est parfois insoutenable. Ce livre est n'est pasqu'une BD, c'est un véritable document historique, digne d'un Pullitzer ou d'un prix Albert Londres.
"Il effectue un vrai  travail de journaliste de terrain et en rend compte en bande dessinée",  soulignent les organisateurs dans un communiqué.

Avec "Gaza, 1956", il introduit une nouvelle dimension dans son travail: la  recherche historique. Sa BD met en scène son enquête et propose des  allers-retours entre le passé et Gaza aujourd'hui. Cette bande dessinée a été choisie parmi dix titres sortis en 2010 par un  jury de journalistes et chroniqueurs de la station.

Gaza 1956, reportages choc sur des crimes de guerre
Gaza 1956 est un reportage choc, mené par un journaliste-dessinateur, sur les causes, les circonstances, les suites, les conséquences de ces crimes de guerre perpétrés par une armée d’occupation  lors de l’opération de Suez menée en collaboration avec les Français et les Anglais.


Le style de ce récit-reportage en images rappelle par sa force celui de Maus (avec moins d’humour que l’œuvre très personnelle d’Art Spiegelman) mais aussi, curieusement, le film d'animation -un documentaire dessiné - israélien consacré à la guerre du Liban, "Valse avec Bachir" d’Ari Folman.

Cet extraordinaire reportage, sous forme d’une BD de 400 pages, permet à l’auteur, Joe Sacco, de se plonger dans le Gaza d’aujourd’hui (celui d’avant la guerre de 2008-2009) et de décrire la société palestinienne (et israélienne) grâce à son enquête menée à la première personne à la façon des reportages d’Actuel des grandes années.

Dans une indispensable préface, Joe Sacco raconte la génèse de son livre. Tout est parti, raconte-t-il,  d’un reportage sur la bande de Gaza «enfer étriqué sans égal » réalisé en 2001 pour Harper’s Bazar (célèbre magazine américain) enrichi de la lecture d’un bouquin de Chomsky qui parlait d’un rapport de l’Onu faisant état de massacres en 1956 lors de l’occupation de Gaza par les Israéliens (lors de la guerre de Suez). Sur place « nous avions recueilli des témoignages sur ces massacres. Lors de la parution, «pour une raison inconnue » ces témoignages ont sauté, ajoute-t-il.


Joe Sacco décide alors d'enquêter sur ces massacres et découvre que «rien ou presque» n’a été publié sur eux et décide donc de «retourner sur place». Il s’est donc rendu trois fois en 2002 et 2003  à Gaza pour enquêter sur ces faits.  Joe Sacco en bon enquêteur et en bon journaliste se pose la question de la validité des témoignages en tentant de trouver des archives et de la validité des images qu’il va produire –nous sommes dans la BD- en se documentant largement via les images de l’époque et des photos qu'il prend sur place.

Enfin, il évoque le contexte de son enquête de terrain « des Palestiniens étaient tués au cours d’attaques israéliennes, des attentats suicides faisaient des victimes parmi les Israéliens ». Enfin il évoque le changement intervenu dans la bande de Gaza avec le départ des Israéliens en 2005, la victoire du Hamas aux législatives et la prise de pouvoir de ces derniers pour éviter un coup d’état du Fatah. Le fruit de ses recherches historiques figure dans une postface d’une vingtaine de pages.

«Mon histoire s’intéresse à des annexes dans les coulisses d’une guerre oubliée» peut on lire dans l’une des premières bulles du livre. Le dessin en noir et blanc est fort . Propre, clair tout en étant très graphique, et finalement très humain. L’auteur se met en scène et raconte son reportage dessiné à la première personne. « Les coulisses c’étaient les affrontements entre la guérilla palestinienne et les forces israéliennes ». Les planches se succèdent alternant présent et passé. Deux périodes quasi identiques, si ce n’est que que les hélicoptères et les drones qui survolent en permanence le Gaza parcouru par Sacco ont remplacé l'infanterie israélienne de 1956.

En 1956, «la haine a été planté dans les cœurs » lui a dit un témoin de l’époque. C’est de cette haine que témoigne magnifiquement ce livre. Un chef d’œuvre.

L’auteur

Joe Sacco, né le 2 octobre 1960 sur l'Île de Malte est un auteur de bandes dessinées et un journaliste travaillant aux États-Unis.

Il arrive aux USA à 12 ans. Il commence par des études de journalisme mais passe une maîtrise en Art à l'Université de l'Oregon en 1981. Il commence à s'intéresser à la bande dessinée et envoie quelques pages au magazine Raw. Pendant plusieurs années il porte un travail consacré à la Guerre du Viêt Nam, qui n'aboutira jamais.

En 1992, il visite la Palestine et s'intéresse à la situation des réfugiés dont il tire une série de bandes dessinées, éditées en français: Palestine : Une nation occupée (1993) et Palestine .

Cette œuvre étonnante fait de lui l'inventeur du journalisme d'immersion en bandes dessinées. Sa rigueur professionnelle lui vaudra la reconnaissance et l'admiration des journalistes plus encore que celle des bédéphiles. Pour Palestine, il reçoit notamment le prestigieux American Book Award en 1996. En 1995, Sacco part pour l'ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. De cette expérience il tirera Soba, The Fixer et Gorazde (2 tomes).

Gaea 1956, en marge de l'histoire
de Joe Sacco
Ed. Futuropolis (29 euros)



source : france2.fr


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