LE CHAT DE LA STREET T.V.

vendredi 12 août 2011

REVOLTE : Birmingham: la communauté noire refuse d'endosser toute la responsabilité des émeutes (vidéo)



    Le moment se veut symbolique. Un peu plus de 18 heures jeudi soir à Dudley Road. Le père d'une des victimes, Tariq Jahan, devenu célèbre en Angleterre pour son émouvant appel au calme, dépose une nouvelle gerbe de fleurs sur le lieu du drame. Derrière lui, quelques membres de la communauté carribéenne se tiennent silencieux. Ils sont venus montrer leur respect et présenter leurs condoléances.
    Tariq Jahan, le père de la plus jeune des trois victime d'origine pakistanaise, et Alton Burnett,
    Tariq Jahan, le père de la plus jeune des trois victime d'origine pakistanaise, et Alton Burnett, vice-président d'un centre communautaire africano-carribéen. (Quentin Girard)
    Après la journée de jeudi où Birmingham a vécu dans la crainte d'émeutes communautaires entre les Banglado-Pakistanais et les Afro-Carribéens, accusés par les premiers d'avoir créé les émeutes et tué trois des leurs, le calme revient petit à petit. Ainsi, chachia sur la tête, Mazhar Iqbal, rencontré la veille plein de colère, est apaisé ce jeudi après-midi: «Ils sont là, ils sont venus montrer leur respect. On ne va pas oublier, mais c'est bien».
    Paulette Hamilton est conseillère municipale à Handsworth, le quartier limitrophe de Winson Green où s'est déroulé le drame. Là-bas, les émeutes ont eu lieu lundi et mardi soir avec de nombreuses vitrines brisées et des voitures saccagées, notamment le long de Soho Road, une rue très commerçante et multi-ethnique. S'il l'on se rend à pied d'un quartier à l'autre, on longe des petites maisons résidentielles, des temples évangéliques, une ou deux mosquées discrètes ou des centres de gourou indien. Et la prison.

    Les communautés sont complètement imbriquées entre elles. Afro-Carribéens, Pakistanais, Bangladais, Indiens, un peu de Chinois, encore quelques Blancs défavorisés. Paulette Hamilton est venue montrer sa tristesse avec sa fille. Elle estime «qu'on ne peut pas pardonner aux jeunes gens qui ont participé aux émeutes. Il est vraiment important que justice soit faite». Elle continue: «Moi, quand mes parents sont arrivés de Jamaïque, ils n'avaient rien, mais je n'ai pas fait n'importe quoi». Sa fille Cyra, 16 ans, renchérit: «Ce sont les jeunes qui ne vont plus à l'école qui ont fait ça». Sa mère reprend: «Ils sont complètement isolés. Lundi soir, je suis allée dans la rue avec d'autres gens pour les raisonner. On en a attrapé un, il avait neuf ans! Vous vous rendez compte? Neuf ans? Quand je lui ai demandé où était ses parents, il m'a répondu que sa mère était sortie avec son petit copain...»
    (Paulette Hamilton et sa fille, Cyra)
    Mais quand on l'interroge pour comprendre pourquoi les émeutiers semblent avoit été principalement des Noirs, elle n'est pas d'accord: «Il y avait aussi des Blancs, des Asiatiques. Le problème, ce n'est pas la couleur, c'est l'absence de perspective. Ils n'ont pas attaqué que la communauté pakistanaise non plus. Mon mari a un magasin en ville, il a été saccagé».

    Une génération sans optimisme

    Pour Robert Beckford, théologien noir et professeur d'université à la Oxford Brookes University, venu rendre hommage également car originaire de Birmingham, la situation ne va pas s'améliorer: «Ces jeunes dont on parle, ils n'ont plus la parole. C'est la génération la moins optimiste que j'ai vu de ma vie. C'est en partie la faute du gouvernement: avec l'augmentation des coûts d'entrée, ils ne peuvent plus aller à l'université et ils ne trouvent pas de job. Et en même temps l'Etat réduit les aides aux communautés, aux réseaux d'entraide, donc on n'a plus d'argent pour les encadrer».
    Il reconnait que les jeunes Noirs étaient sans doute plus nombreux à manifester: «Il ne faut pas oublier toute une histoire de relations compliquées avec la police. Mais il y avait aussi des Blancs. Ce sont des communautés qui se sentent déclassées».
    Devant le centre communautaire, l'Afro Caribbean Millenium Centre, «10.000 membres», son vice-président Alton Burnett se tient de manière imposante et répète le même discours à qui veut l'entendre: «J'en veux beaucoup à David Cameron. Il dit que ce n'est que de la criminalité alors que c'est une révolte! Le gouvernement fait trop de coupes budgétaires, les centres comme nous n'ont plus d'argent!»

    En visite jeudi à Birmingham, le Premier ministre ne s'est pas rendu sur Dudley Road. Le maire de la ville se fait aussi toujours attendre. Alton Burnett s'emporte: «Ce que l'on voit là, c'est le début du rejet du capitalisme. Les jeunes pillent et brûlent ses symboles. Là, la police est partout, c'est calme. Mais au moment où elle partira, cela recommencera immédiatement!» A ses côtés, un policier d'origine pakistanaise l'écoute. Il ne dit rien. Mais Alton Burnett tient absolument aussi à rassurer: «Ce ne sont pas des tensions communautaires, en temps normal cela se passe très bien entre nous ici.»
    Là, un homme qui passait, afro-carribéen, intervient: «Bien sûr qu'il y a du racisme, la tension est palpable, depuis longtemps!». Elton Burnett n'est pas d'accord: «Je suis devant ma porte de six heures du matin à minuit, tous les jours, je vois bien ce qui se passe!». «Et moi, je vais dans tout Birmingham», dit le nouveau venu, Maxie Hayles, la cinquantaine, travailleur social.

    «Rejet du capitalisme»

    Il tente d'expliquer: «La situation est perpétuellement fragile. Déjà avec la police et ça depuis trente ans. Mais aussi avec la communauté pakistanaise. Quand vous avez une nouvelle communauté, de plus en plus nombreuse, avec de plus en plus de commerces, il peut y avoir des tensions, des jalousies. Et puis, en 2005, il y a eu des affrontements raciaux, un jeune Noir est mort, certains ont l'impression que justice n'a jamais été rendue». Des arguments et des thèmes qui reviennent chez de nombreuses personnes, des deux côtés. Ils sont d'ailleurs utilisés depuis les années 80 et les premières émeutes raciales à Handsworth.
    Un peu plus tôt dans l'après-midi, dans le parc de ce quartier, l'association locale Pertemps a dressé une grande tente pour organiser une journée d'orientation pour les 16-18 ans à destination principalement de la communauté afro-carribéenne. S'y mélangent prières, conseils et témoignages. Cela se termine. Shabanah, 24 ans, diplômée en design de l'université de Wolverhampton, d'origine indienne, est venue prendre la parole: «Vous devez avoir confiance en vous. Vous devez y croire, faire des études, trouver un travail, vous assumer. Sinon, les gens vous regarderont et se diront: "Elle, elle ne travaille pas. Elle n'est pas importante"». Un petit groupe de jeunes filles noires l'écoute attentivement. Elles applaudissent.






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