LE CHAT DE LA STREET T.V.

lundi 20 février 2012

FRANC-MAÇONNERIE : SOS RACISME, LA CROIX ROUGE DES NIDS A ESPIONS (2/2)

Comme souvent en maçonnerie, une grande cause cache souvent de petits intérêts. Mais une fois oubliés les idéaux, que reste-t-il? En matière d'assurances, certains francs-maçons estiment que le basculement date du règne de Michel Baroin, à la fois président de la Garantie mutuelle des fonctionnaires (l'une des principales mutuelles françaises) et grand maître du Grand Orient. Lancée dans le grand bain des affaires, la GMF s'y est tellement fourvoyée qu'elle n'a dû son salut qu'au rachat par une compagnie d'assurances privée.


L'assurance et la maçonnerie se sont mutuellement perverties. Dans une compagnie comme les AGF, les promotions internes doivent beaucoup au système trois points. Pour sa part, le GAN a souvent envoyé quelques-uns de ses responsables fréquenter des fraternelles d'affaires, comme les clubs des 50, qui regroupent une poignée de décideurs locaux. L'un d'eux, directeur du contentieux sur la Côte d'Azur, a été membre d'une loge, à Toulon, spécialisée dans l'initiation de magistrats, avec l'espoir - fou - d'y gagner tous ses procès! Signe des temps, l'assureur est devenu, au même titre que l'huissier, le policier ou le restaurateur, indispensable au bon fonctionnement d'une loge.

L'expert-comptable est un autre rouage essentiel de la vie des affaires. Sous divers libellés - commissaire aux comptes, commissaire aux apports ou commissaire à la fusion - il est gardien de la vérité des chiffres. Sa signature est l'équivalent de l'imprimatur du Vatican. Il possède le pouvoir - et aussi le devoir, mais ne rêvons pas trop - de dire si les comptes d'une entreprise sont sincères ou truqués, de vérifier si le rachat d'une société par une autre se fait bien au juste prix. Son avis est requis dans chacune des grandes bagarres boursières, c'est pourquoi il est si important d'avoir un expert-comptable dans sa poche.

C'est une profession libérale, donc réputée indépendante. Mais le comptable est rémunéré par l'entreprise qui fait appel à son expertise. Difficile de mordre une main nourricière. La comptabilité se donne toutes les apparences d'une science exacte (avec des textes de doctrine qui rempliraient des bibliothèques entières). Ses plus nobles représentants admettent toutefois que la pratique du doigt mouillé, au mieux, y prend sa juste place; au pis, que des intérêts particuliers ont parfois force de loi. Cette zone floue, subtil mélange de droit et de non-droit, où il s'agit davantage d'arbitrer les élégances que de dire le vrai, convient parfaitement à des francs-maçons. Ils sont très largement représentés au sein de la profession.

«Je ne suis pas franc-maçon», sourit un célèbre expert-comptable. Il est en effet plus rapide de procéder ainsi. Les tribunaux de commerce, grands pourvoyeurs d'expertises comptables diverses et variées (que ce soit pour des faillites d'entreprise ou des litiges financiers), ne sont pas les derniers à actionner le réseau. Dans chaque tribunal, il existe une «petite liste du président» où sont recensés les experts-comptables les plus sûrs (officiellement, on dit les plus «professionnels»). A Bobigny, un frère de la GLNF est régulièrement désigné, alors qu'il n'a même pas le titre d'expert.

Outre le banquier, l'assureur, l'expert-comptable et l'huissier de service, une bonne loge se doit aussi d'avoir un restaurateur en son sein. Les agapes qui suivent les tenues n'en seront que meilleures. La maçonnerie alimentaire, aux deux sens du terme, n'est pas une vaine expression. L'histoire en fait foi: la première assemblée de la franc-maçonnerie spéculative se tint le 24 juin 1717 à Londres, à l'auberge L'Oie et le gril. La première loge française, dite «du Louis d'argent», aurait vu le jour dans une taverne du même nom. Agapes et banquets font partie des rites maçonniques, et, par tradition, un très grand nombre d'aubergistes et de chefs de renom sont maçons: l'ancien propriétaire de l'Archestrate, Alain Senderens, Paul Bocuse, Joël Rebuchon, Georges Blanc à Vonnas, Raymond Oliver quand il tenait le Grand Véfour, Roger Felaveyne, du Camélia, à Bougival...

Les frères, très portés sur la bonne table et les agapes conviviales, ont leurs habitudes dans un certain nombre de cantines, où ils se retrouvent en bonne compagnie. Chez Françoise, à La Marée, au Fouquet's, au Périsphère, au Bourdonnais, avenue de la Bourdonnais, tenu par Jacqueline Cohat, ancien chef de cabinet de Joseph Comiti. C'est là que se réunit une association d'anciens parachutistes où se côtoient maçons et maçons sans tablier.

A Lyon, haut lieu gastronomique et grande cité maçonne, presque tous les patrons de restaurant, du bouchon aux grandes tables, sont des frères trois points. Gérard Nandron, Christian Bourillot... Et si, par hasard, dans un grand hôtel ou un restaurant, un client laisse traîner une revue maçonne, il aura toutes les chances de trouver, glissée dans son addition, la carte de visite personnelle du chef ou du maître d'hôtel.
Le patron d'un grand établissement parisien très prestigieux, dont la cuisine rivalise avec les plus primés, n'a jamais obtenu la reconnaissance des critiques. Il soupire: «Regardez tous les quatre étoiles des guides, ce ne sont que des frangins. Les critiques étant maçons, inutile de vous faire un dessin...» Aigreur? Jalousie? Le fait est que propriétaires de restaurant, chefs, mais aussi certains critiques gastronomiques ont formé au fil des siècles une «chaîne d'union» très solide.

Ils se retrouvent notamment dans l'annuaire gastronomique du Gite (Groupement interprofessionnel du tourisme européen), qui regroupe 1 500 membres oeuvrant officiellement au «rapprochement de toutes les personnes s'intéressant au développement du tourisme». A le consulter, il fait plutôt figure de guide du coup de pouce maçonnique. Bien sûr, on y retrouve en majorité des hôteliers et restaurateurs, qui sauront faire bon accueil aux frères de passage, mais aussi nombre de détectives privés et d'experts-comptables, pour des prestations plus ciblées. Et, enfin, des frères qui se disent, à l'instar de Michel Reyt, «à la disposition des amis». En toute simplicité. [...]

Fini le temps où le directeur d'école était également actif à la mairie et vénérable de sa loge. Oubliée l'époque mythique des hussards de la République. Mais les francs-maçons disposent toujours de solides relais dans le monde et le syndicalisme enseignants. Et particulièrement à la FEN. Certes, ce syndicat n'est plus aussi puissant depuis la scission de la FSU, et il n'est pas non plus une simple courroie de transmission du Grand Orient. Mais la FEN et le GO ont longtemps travaillé main dans la main. De l'avis de nombreux spécialistes, c'est l'une des raisons pour lesquelles cette administration se serait fossilisée. L'Education nationale «est devenue un milieu très corporatiste, incontrôlable, totalement entre les mains des syndicats et des maçons, regrette l'ancien vice-président du Conseil économique et social Jean-Louis Mandinaud, membre éminent de la GLF. Chacun défend ses intérêts particuliers». Christian Forestier, membre du GO, qui dirige aujourd'hui le cabinet du f... Jack Lang au ministère de l'Education nationale, illustre à lui tout seul cette puissance «indélogeable». Sous François Bayrou, ministre de 1993 à 1997, on disait de cet inspecteur général de l'Education nationale, occupant (de 1992 à 1995) la fonction de directeur des collèges et des lycées, qu'il était le véritable ministre.

Bayrou n'avait pas osé se séparer de Forestier, de peur de se mettre à dos une bonne partie du corps enseignant. Claude Allègre l'écartera finalement, au motif qu'il était «fabiusien»! Il est revenu par la fenêtre grâce à Lang, mais soutient mordicus que la maçonnerie n'a aucune influence au sein de l'Education nationale!

Ce courant de pensée, qui s'est illustré durant la IIIe République par son combat contre la puissance de l'Eglise, irradie toute la galaxie laïque. Il est l'inspirateur de la Ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, créée en 1866 par le frère Jean Macé, qui militait en faveur de l'école laïque et de la démocratisation de l'enseignement. Il est également actif au sein de toutes les «autorités morales» et les organisations de protection des droits de l'homme et du citoyen: la Commission nationale consultative des droits de l'homme, le Mrap, la Licra, Amnesty International, SOS-Racisme, le Comité consultatif d'éthique du Pr Jean Bernard, le Planning familial.


Pour des raisons et des engagements similaires, de nombreux frères s'investissent également dans les organisations humanitaires, notamment à la Croix-Rouge. Son fondateur, Henry Dunant, en était. Avec le temps, cette ONG implantée sur tous les lieux de conflit de la planète a d'ailleurs servi de couverture à de nombreux agents de renseignement. La plupart des responsables de la Croix-Rouge sont des frères. Et, si l'actuel président français, le Pr Marc Gentilini, n'en est pas, il est considéré dans le milieu comme [...] proche de leurs préoccupations. Il se rend fréquemment à des tenues blanches fermées.

Les maçons, invités, à l'issue de chaque tenue, à «répandre dans l'univers les vérités qu'ils ont acquises en loge», sont également très actifs dans les associations de parents d'élèves, de visiteurs de prison, de colocataires.

Leur emprise dans ces secteurs est assez connue. Ils y ont mené des combats historiques et continuent d'y exercer, notamment au GO, une vigilance de façon assez transparente. Isabelle Thomas, ancienne leader lycéenne, Harlem Désir, ancien responsable de SOS-Racisme et membre du parti socialiste, Francis Terquem, avocat spécialisé dans les causes antiracistes, Thierry Meyssan, animateur du réseau Voltaire, ne font pas mystère de leur appartenance au GO. [...]

Les 120 000 maçons de France constituent donc un moteur de recherche extrêmement puissant. Il suffit d'observer la liste des noms qui composent les loges les plus influentes pour le comprendre. Mais, pour avoir accès aux 7 millions de frères au-delà de l'Hexagone, dans le vaste monde, il faut appartenir à la GLNF. La maçonnerie libérale, elle, ne totalise que 800 000 membres. Recherche-t-on un avocat à Prague, un banquier à Cuba, un promoteur immobilier à Chicago, un laboratoire pharmaceutique en Suède, un intermédiaire à Moscou, un ministre à Libreville? Pas de problème. «Quel que soit le pays, tu trouves un point de chute, explique un homme d'affaires maçon. L'obédience nous fournit ce qu'on appelle des "garants d'amitié". Dans l'annuaire de la GLNF, tu trouves les coordonnées de ces garants d'amitié dans tous les pays. Si tu as besoin de renseignements ou d'appuis avant de te rendre quelque part, tu envoies un petit mot. Dans le pays en question, tu es invité dans une loge et tout de suite tu te constitues un réseau. Cela marche formidablement.»

Voilà comment des hommes comme Pierre Falcone, impliqué dans la fameuse affaire de vente d'armes à l'Angola, se constituent des réseaux internationaux sans difficulté, grâce à des frères recommandés par la GLNF en fonction de leurs besoins. Et voilà pourquoi on nommera plus volontiers un frère qu'un profane au ministère du Commerce extérieur. Pourquoi de nombreux agents des services de renseignements extérieurs sont-ils membres de la GLNF, ceux de la sécurité intérieure, du Grand Orient et de la GLF? Pourquoi les partis de droite comme de gauche ont-ils longtemps confié le poste de trésorier à des maçons? Parce que personne ne navigue avec autant d'aisance qu'eux entre les milieux politiques et le monde des affaires.»

© Albin Michel


source : lexpress.fr


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire