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lundi 13 février 2012

FRANCE : LE GROUPE MONSANTO CONDAMNÉ POUR INTOXICATION


LYON (Reuters) - Le groupe Monsanto, géant américain des pesticides, a été condamné lundi pour la première fois en France, pour l'intoxication d'un agriculteur charentais.
Le groupe a été jugé responsable par le tribunal de grande instance de Lyon, qui a ordonné une expertise des préjudices subis par Paul François, un céréalier de 47 ans, afin d'établir le montant des dommages et intérêts.
Intoxiqué après avoir inhalé en 2004 du "Lasso", un pesticide aujourd'hui interdit, Paul François a subi de graves troubles neurologiques. Il se bat pour faire reconnaître en France la toxicité de ces produits.
"Le tribunal a reconnu le lien de causalité entre la maladie de Paul François et l'inhalation du Lasso", a déclaré Me Stéphane Teyssier, l'un des avocats du plaignant.
"L'exposition au produit Lasso a été reconnue responsable de son préjudice et Monsanto sera désormais obligé d'informer ses clients des conséquences sur la santé de ses produits", a-t-il ajouté.
"Cette décision est historique. Elle fera jurisprudence pour tous les dossiers similaires car nombre d'agriculteurs sont dans la même situation".
Défenseur de Monsanto, Me Jean-Philippe Delsard s'est déclaré "déçu" de cette décision.
"Nous avions estimé qu'il n'y avait pas d'éléments suffisants pour établir un lien de cause à effet entre les symptômes de Paul François et une éventuelle intoxication au chlorobenzène mais le tribunal a dit le contraire", a-t-il déclaré à la sortie de l'audience.
L'avocat entend examiner avec la direction de Monsanto la possibilité de faire appel de cette décision.
MALAISES ET VERTIGES
"C'est une très bonne nouvelle et une belle victoire, en attendant que Monsanto fasse appel", dit la porte-parole, Michèle Rivasi, dans un communiqué.
"Comme Paul François, de nombreux agriculteurs manipulent quotidiennement des produits extrêmement nocifs pour la santé et déclarent par la suite des maladies neurologiques qui peuvent dans certains cas s'avérer très graves. Maintenant que les résultats médicaux et scientifiques sont indéniables, il faut supprimer les autres produits phytosanitaires concernés."
Le 27 avril 2004, Paul François, qui exploite 400 hectares de cultures de céréales en Charente, cherchait à vérifier le contenu de sa cuve d'épandage lorsqu'il a inhalé les émanations de Lasso, un puissant herbicide, qui s'en échappaient.
Le céréalier avait souffert de malaises, de vertiges, de bégaiements et de divers troubles pendant plusieurs mois avant qu'on identifie la présence de chlorobenzène, un produit inscrit au tableau des maladies professionnelles, dans ses urines et ses cheveux, signe de son intoxication au Lasso.
L'agriculteur a décidé d'attaquer Monsanto à qui il reproche un défaut d'information, la présence de chlorobenzène n'étant pas mentionnée sur l'étiquette. Il reproche en outre la diffusion par l'entreprise d'un produit qu'elle savait dangereux.
Le Lasso est interdit de vente en France depuis 2007. Son retrait du marché était intervenu précédemment dans plusieurs pays, comme le Canada, la Belgique ou la Grande-Bretagne.
Paul François ne peut plus travailler aujourd'hui qu'à mi-temps et a dû engager du personnel. Il a renoncé à l'agriculture intensive, sans pouvoir se passer des services de Monsanto.
"Il est impossible aujourd'hui d'acheter des semences en dehors de Monsanto", déplore-t-il.
Il a fondé en 2011 avec d'autres victimes une association, Phyto'Victimes, qui fédère les agriculteurs atteints de maladies professionnelles. Elle rassemble déjà une centaine de dossiers et dit que quatre de ses adhérents sont décédés.
par Catherine Lagrange
Avec Marion Douet à Paris, édité par Patrick Vignal

source : lepoint.fr

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