LE CHAT DE LA STREET T.V.

mardi 14 février 2012

FRANCE / PALESTINE : LE C.R.I.F TENTE DE CENSURER UN REPORTAGE SUR LA PALESTINE (vidéo)

C'est une émission qui enflamme les passions. La diffusion lundi 3 octobre sur France 2 en deuxième partie de soirée du documentaire Un oeil sur la planète intitulé "Un État palestinien est-il encore possible?" a déchaîné une vague de réactions indignées de la part du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et de l'ambassade d'Israël en France. Ce document "a entraîné au sein de la communauté juive une intense émotion et une stupéfaction écoeurée (...) sans éviter les insinuations à la limite des théories conspirationnistes antisémites", s'est ému le président du Crif, Richard Prasquier, dans une lettre ouverte à Rémy Pflimlin, président de France Télévisions. De son côté, Yaron Gamburg, porte-parole de l'ambassade d'Israël à Paris, s'insurge contre un "travail de propagande et de manipulation incitant à la haine raciale". Son ambassadeur et le président du Crif doivent rencontrer dans deux semaines le président de France Télévisions et le directeur de l'information de la chaîne, Thierry Thuillier.



"La moindre excuse sonnerait comme un désaveu pour la rédaction et serait très mal vécue", prévient à la sortie d'une assemblée générale Loïc de la Mornais, président de la Société des journalistes de France 2, qui rappelle "qu'aucune erreur n'a été relevée par le Crif dans le documentaire". Magazine-phare de la chaîne depuis une dizaine d'années, le numéro incriminé proposait plusieurs reportages entièrement consacrés aux territoires palestiniens, à l'heure où la demande d'adhésion de la Palestine est toujours discutée au Conseil de sécurité de l'ONU. D'après le rédacteur en chef de l'émission, Patrick Boitet, "il s'agissait de montrer ce qui faisait obstacle à cette demande de reconnaissance". Un numéro entièrement consacré à Israël avait déjà été diffusé en 2004.

Lobby pro-israélien

Le documentaire se divise en plusieurs parties. Le sujet le plus sensible concerne le lobby pro-israélien aux États-Unis. Dans cette enquête, les journalistes Estelle Youssouffa et Christophe Obert montrent comment les organisations juives et chrétiennes conservatrices pèsent sur la politique étrangère américaine, permettant à l'État hébreu de s'affranchir de certaines résolutions onusiennes. Ancien de l'Aipac, le plus important groupe de pression pro-israélien aux États-Unis, M. J. Rozenberg raconte comment des organisations comme "Camera" traquent les journalistes "déviants".

"Le lobby, dit-il, rend la vie difficile aux journalistes qui ne sont pas perçus comme pro-israéliens. Ils auront du mal à trouver un job ou, s'ils en ont un, à garder un poste. Lorsque je travaillais à Aipac, il y avait des listes, des dossiers sur chaque reporter." Des révélations saisissantes, qui n'ont pas convaincu Richard Prasquier. "On ne sait même pas pourquoi cet homme a quitté l'Aipac et quel compte il a à régler avec eux", argumente le président du Crif. "La moindre des choses aurait été de préciser que les lobbys existent aux États-Unis, mais aussi en France. Regardez le lobby pharmaceutique. Il ne faut pas laisser croire que le lobby pro-sioniste est en train de détourner la démocratie américaine."

"Boycott France Télévisions"

"Cette insinuation est totalement antisémite", surenchérit Yaron Gamburg, qui dénonce une nouvelle fois une présentation "partiale et sélective". "Il existe également aux États-Unis un lobby arabe très puissant. Le peuple américain partage avec le peuple juif beaucoup de valeurs communes, d'amitié et d'intérêts stratégiques", ajoute le diplomate. "J'attends que l'on nous amène une preuve que ce que nous avançons est faux", se contente de répondre Patrick Boitet.

Une semaine après la diffusion du documentaire, c'est sur Internet que les partisans d'Israël ont mené la contre-attaque. En plus des menaces publiées sur le profil Facebook des journalistes de l'émission, le réseau social a vu la création d'un groupe baptisé "Boycott France Télévisions". Ses membres demandent à France 2 de revenir sur son émission et de présenter des excuses au nom de tout le groupe". Un site pro-israélien a également proposé sa contre-émission, renommée "Deux yeux sur leur planète" et censée démonter point par point les révélations de l'émission originelle. Outre les lettres d'insultes et de menaces physiques, les responsables d'un Oeil sur la planète ont également reçu nombre de messages de soutien, émanant cette fois de Juifs français. "Ils insistent sur le fait que l'action du Crif leur porte préjudice. Que cette organisation ne représente qu'elle-même, et surtout pas la communauté juive de France", affirme Patrick Boitet. De son côté, Yaron Bamburg affirme avoir reçu des "milliers" de messages de téléspectateurs français "choqués par la propagande" de la chaîne publique. Il se déclare par ailleurs "terrifié" lorsque dans un autre reportage de l'émission, un dirigeant d'un groupe salafiste djihadiste à Gaza appelle à "égorger des sionistes". La preuve, selon le rédacteur en chef Pascal Boitet, que "ce reportage qui révèle le développement à Gaza de groupes proches d'al-Qaida, n'a pas été fait pour servir la cause palestinienne".

Censure

Loïc de la Mornais, président de la Société des journalistes de France 2, s'étonne pour sa part que ce soit le Crif, et non l'ambassade d'Israël, qui ait principalement réagi, alors que le sujet ne concernait que la Palestine. "C'est moi qui ai répondu, car beaucoup de personnes de la communauté juive ont été absolument choquées", se défend Richard Prasquier. "Les manifestations antisémites se font aujourd'hui sur la base des attaques contre Israël. Présenter une telle émission est irresponsable, car c'est courir le risque qu'elle déclenche des actions violentes contre les Juifs en France." Yaron Bamburg, quant à lui, déplore le "parti pris de beaucoup de journalistes et de médias français contre l'État hébreu".

"On a juste fait notre travail de journaliste avec sérieux", rappelle le rédacteur en chef de l'émission. "On aurait pu réaliser un reportage beaucoup plus sévère, mais on n'a rien dit sur les incendies contre les mosquées, et la profanation de tombes chrétiennes et musulmanes par des colons extrémistes israéliens." Un avis que partage Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem depuis trente ans, qui a, lui aussi, subi les foudres d'organisations pro-israéliennes lors de l'affaire Mohammed al-Durah (du nom de cet enfant palestinien tué lors d'un échange de tirs à Gaza). "On comprend la raison pour laquelle les organisations pro-israéliennes ne veulent pas qu'une chaîne publique montre cette situation scandaleuse", explique le journaliste sur son blog. "Il ne faut rien montrer qui soit défavorable à la politique israélienne d'occupation. Cela s'appelle de la censure et c'est une atteinte intolérable au droit d'informer." Le porte-parole israélien n'en démord pas. Il admet qu'il a "des problèmes" concernant notamment le partage de l'eau dans les territoires palestiniens, mais juge inacceptable que seul l'État d'Israël figure sur le banc des accusés.

source : lepoint.fr

A voir " Un oeil sur la planete - Un Etat Palestinien est-il encore possible ? "




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