LE CHAT DE LA STREET T.V.

mardi 10 avril 2012

PALESTINE: L'ARMEE ISRAÉLIENNE ÉSSAYE D'ARRÉTER UN ENFANT DE DEUX ANS

Mo’men Shtayeh représentait une menace pour la sécurité de l’occupant raciste israélien.


Mo’men Shtayeh porte sans doute un T-shirt à l’effigie de John Cena, le catcheur rappeur de la WWE, l’idole des gosses palestiniens ; dans les rues, on les entend marteler le rap fétiche de Cena : “You can’t see me !”, en bougeant la main devant leur visage.

Mo’men Shtayeh a vu trop de choses, il en sait trop. Il y a le risque - voire la probabilité - que le fait d’avoir été témoin de la brutalité de l’armée israélienne et de l’oppression dont souffre son village de Kafr Qaddoum, ne fasse de Mo’men, en grandissant, un islamiste va-t-en-guerre (ou, de manière plus perverse, un conservateur réactionnaire).

Mo’men Shtayeh représente une menace pour la sécurité de l’occupant raciste israélien. Apparemment chacun sait que ce petit fûté de Mo’men est impliqué dans la conception de plans spécialisés pour attaquer les bases ennemies.

Il est donc parfaitement normal que « l’armée la plus morale du monde », les Forces de défense israéliennes, dixième armée la plus puissante au monde, phare de la démocratie éclairé de la lumière divine, essaie d’arrêter Mo’men, lundi dernier, le 2 avril au soir.


Le problème, c’est que Mo’men est âgé de deux ans et demi.

Murad Shtayeh, coordinateur du populaire comité de résistance de Kafr Qaddoum et père du petit Mo’men, a décrit à Electronic Intifada comment des soldats israéliens lourdement armés ont fait irruption dans sa maison lundi à 17h30. Deux soldats sont restés postés à l’extérieur deux autres sont entrés dans la maison en criant qu’ils allaient arrêter Mo’men.

“Mo’men se baladait dans la maison, dit Murad, quand les soldats se sont précipités de l’endroit où ils se trouvaient en courant vers la maison comme s’ils faisaient la course, très rapides et très pressés, comme des fous.

Les soldats prétendaient que Mo’men avait, non pas une tête nucléaire, mais l’objet le plus dangereux au monde - une fronde.

« Bien sûr Mo’men n’avait pas de fronde à la main ! raille Murad. Et même s’il en avait une, alors quoi ? C’est un gosse ».

Les soldats insistaient pour que Mo’men leur remette sa fronde (fronde qu’il ne possède pas), parce qu’il s’en servait pour viser les soldats. En outre ils voulaient que Mo’men se rende à eux lui aussi.

Bashar Shtayeh, le cousin de Murad, assistait lui aussi à la scène. « Les soldats dans la maison pointaient leurs armes sur la famille » dit-il, « en menaçant de ne pas partir tant que Mo’men ne leur serait pas remis.

Une âpre et bruyante discussion dura pendant une demie-heure entre Murad, d’autres villageois qui étaient venus voir la cause de tout ce raffut, et les soldats. Ces derniers finirent par partir, ayant ajouté un autre plantage moral à l’histoire de l’occupation. Non pas que la morale fût leur souci premier.

Et l’enfant ? Inutile de dire que Mo’men était terrifié par ce qui se passait autour de lui.

« Qu’est-ce que je peux dire ?Bien sûr qu’il est affecté par tout ça, dit Murad. Il a eu très peur. Il va un peu mieux à présent ».

Kafr Qaddoum [entre Naplouse et Qalqilya] a entamé ses manifestations hebdomadaires de résistance populaire en juin 2011 pour protester contre la colonie illégale de Qedumim, construite sur les terres du village et qui bloque la route principale qui conduit directement à Naplouse.

L’oppression israélienne contre Kafr Qaddoum s’impose tous les jours, pas seulement le vendredi.

« Manifestement ils ont pensé que ce numéro - mené à terme ou non ­- servirait de punition contre nous, mais en vérité cela ne nous détournera pas de notre protestation » déclare Murad.

« Chaque jour et chaque nuit nous avons de 5 à 7 soldats qui nous harcèlent dans le village. Parfois ils entrent avec leurs chiens et leur font fouiller voitures et maisons. Mardi dernier à 21h30 ils ont dressé un barrage dans l’une des rues à l’intérieur du village ».

Mo’men Shtayeh, votre petit garçon de 2 ans et demi, a mis en lumière par lui-même l’absurdité, l’idiotie, l’infamie de cette occupation par l’armée israélienne. Que la force de John Cena soit avec vous.

(JPG)

* Linah Alsaafin, jeune palestinienne de 21 ans, à la fois de Gaza et de Cisjordanie, est active dans la résistance populaire non armée et blogueuse pour The Electronic Intifada.



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