LE CHAT DE LA STREET T.V.

mercredi 30 mai 2012

ITALIE: SE QUE CACHE L'ARRESTATION DU MAJORDOME DU PAPE

L'Évangile raconte que la pièce du Cénacle où se trouvaient enfermés les apôtres le jour de la Pentecôte fut secouée par un étrange tremblement quand «l'Esprit Saint», promis par le Christ, descendit sur eux. Benoît XVI a évoqué ce passage biblique, ce week-end à Rome, mais il est apparu fort «attristé» par un tremblement d'une autre nature. Il est provoqué, au Vatican, par les révélations de lettres confidentielles personnellement destinées au Pape. Elles ont été publiées dans un livre paru, il y a une semaine, en Italie - Sa Sainteté, les papiers secrets de Benoît XVI, par Gianluigi Nuzzi, Édition Chiarelettere - non encore disponible en français. Des lettres et des documents reproduits, in extenso, qui semblent avoir été, en partie, dérobés par son majordome personnel, Paolo Gabriele. Il a été trouvé, en effet selon le Vatican, en possession de «documents illégaux».



Cet homme de confiance - s'il en est pour occuper un tel poste - a été arrêté mercredi dernier. Il est dans une «pièce sécurisée» de la gendarmerie du Vatican car il n'y a plus de prison depuis longtemps au Saint-Siège. Laïc, père de famille de 46 ans, il est en attente d'une instruction et d'un procès sous l'égide de la justice du plus petit État du monde. S'il dispose de deux avocats, le secret total est prévu pour toute la procédure - instruction, procès, sentence. Ce qui pourrait pousser ce ressortissant italien à saisir, pour sa défense, la justice de son pays, compliquant une affaire déjà passablement obscure.

Consternation
En attendant, à Rome, c'est la consternation. La semaine dernière a été marquée par les révélations contenues dans ce livre. Elles mettent essentiellement en cause la gestion du Vatican par le numéro 2 du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État. Elles ont déjà provoqué, vendredi, le limogeage du président de la banque du Vatican, l'IOR (l'Institut pour les œuvres de religion), un laïc, Ettore Gotti Tedeschi. Puis, cette arrestation - seulement annoncée samedi - de Paolo Gabriele. Sans compter d'autres arrestations qui devraient intervenir cette semaine. Une femme, laïque, fonctionnaire du Vatican, est dans la ligne de mire. Des prélats pourraient être aussi inculpés. Mais pour eux, rien ne devrait filtrer à l'extérieur du Vatican.

Consternation, également, à propos de la personnalité de Paolo Gabriele. Cet homme rangé, élégant et discret, recruté sous Jean-Paul II pour ce poste sensible, était depuis son élection en 2005 au petit soin pour son successeur, Benoît XVI. Présent de son lever le matin à 6 h 30 à son coucher, toujours à ses côtés lors de ses voyages et déplacements, il était, avec ses deux secrétaires particuliers, des prêtres, l'un des rares à être en contact personnel et permanent avec le Pape. Au Vatican, il était très estimé et respecté comme un serviteur sans histoire. D'où une immense incompréhension.

«Tout le monde le connaît au Vatican. Il y a un sentiment de surprise et de douleur ainsi que de grande amitié envers sa famille, qui est aimée. Nous souhaitons qu'elle puisse surmonter cette épreuve», a confié samedi le père Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican. Un autre religieux qui le connaissait particulièrement bien pour avoir été son confesseur est formel: «Paolo Gabriele aime tellement le Pape qu'il ne le trahirait jamais.» Il ajoute: «Je connais Paolo depuis des années et si les accusations étaient fondées, alors ce ne serait plus possible de croire en qui que ce soit. Je l'ai suivi spirituellement et je peux témoigner que j'ai trouvé en lui une personne aimant l'Église et très dévouée aux papes.» Ce religieux qui tient à garder l'anonymat conclut: «Ce qui se passe est incompréhensible pour moi parce que tout le monde au Vatican avait de l'estime pour Paolo, je n'ai jamais entendu dire du mal de lui ou des ragots sur son compte et vous pouvez me croire, c'est plutôt rare car malheureusement dans notre environnement, il arrive souvent d'entendre des médisances.»

«Impuissants devant trop d'injustices»
Comme dans les mauvais romans policiers, les yeux sont donc aujourd'hui rivés sur ce «majordome» du Pape. Tout le monde sait pourtant, au Vatican, si sa culpabilité est avérée, qu'il ne peut être qu'un des maillons d'exécution de détournement de la correspondance privée destinée au Pape. Et qu'il ne peut pas en être le cerveau. Ce mentor, l'auteur du livre en question, Gianluigi Nuzzi, ne le connaît même pas. Il a seulement rencontré l'un des membres de ce réseau secret qui était, lui, chargé de remettre l'ensemble des documents au journaliste pour alimenter la substance de son livre.

Nuzzi rapporte d'ailleurs ce témoignage clé qu'il met dans la bouche de son contact pour rendre compte de la motivation de ce groupe: «Nous nous sommes retrouvés, vivant ou travaillant au Vatican et avons compris que nous partagions la même perplexité, les mêmes critiques. Nous étions frustrés de nous trouver impuissants devant trop d'injustices, d'intérêts personnels, de vérités cachées. Nous sommes un groupe qui veut agir. (…) Personne ne connaît tous les autres. (…). Quand ces documents seront publiés, l'action de réforme commencée par Benoît XVI connaîtra une inévitable accélération.»

source: lefigaro.fr


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