LE CHAT DE LA STREET T.V.

dimanche 20 janvier 2013

DÉSINFORMATION : Envoyé spécial dans la tourmente après son reportage sur la Tunisie et les salafistes

Un reportage sur la «menace salafiste», diffusé sur France 2, s’attire une volée de bois vert de la part des Tunisiens, excédés des «exagérations» des médias français et inquiets pour l’image de leur pays.


 
 
Ras-le-bol des reportages français qui montrent une Tunisie tombée aux mains d’extrémistes violents. Marre de ces journalistes qui mettent à mal la réputation, que les Tunisiens voudraient bien conserver, d’un pays ouvert et tolérant: en Tunisie, beaucoup ont été franchement agacés par la diffusion, jeudi, dans Envoyé Spécial, d’un nouveau reportage sur «la menace salafiste».
Quelques heures avant la diffusion, le journaliste tunisien Safwene Grira, qui officie sur France 24 en arabe, avait prévenu sur Facebook : le reportage «a été réalisé avec une mauvaise foi hors norme», dénonce le reporter «associé à ce travail d’une manière très ponctuelle». «Vous allez voir tous les clichés du monde, comme les salafistes méchants et barbus (...). Inutile de vous dire que tout ce qui pouvait avoir du sens a été laissé de côté, pour que l’accent soit mis sur ce qui conforte le téléspectateur français et francophile dans ses convictions, ses peurs et ses illusions», écrit-il.
«Tunisie, sous la menace salafiste ?», produit par l’agence Capa, dépeint le poids grandissant des ultra-conservateurs. On y voit des salafistes qui occupent beaucoup de stands à la foire du livre, qui ont bouté l’alcool hors de Sidi Bouzid, qui organisent des meetings de prêcheurs wahhabites en pleine station balnéaire, sous l’oeil de touristes attirés par les prix cassés. Le reportage s’attarde aussi l’histoire de Nermine, une jeune fille de 14 ans, qui a fugué pour pouvoir vivre en niqab. On suit sa mère qui tente d’en savoir plus chez les salafistes du coin, déguisée sous un voile intégral, caméra cachée embarquée. Le tout à grand renfort de musique qui fait peur et de commentaires qui distillent la menace, sans jamais vraiment l’analyser.

«L’odeur nauséabonde de la mauvaise foi» [...]

Travail bâclé ?

Les médias français sont régulièrement brocardés en Tunisie, accusés de focaliser sur la seule question des salafistes. «Ils représentent un danger pour l’image de la Tunisie, car la presse internationale est à l’affût. Elle guette le moindre événement pour l’amplifier et donner une image qui peut être nuisible pour le tourisme», défendait en novembre le président Moncef Marzouki, dans une interview au quotidien algérien Liberté. Les professionnels du tourisme sont excédés et leur ministre, qui n’en finit plus d’essayer de rassurer des vacanciers effarouchés, a critiqué à de nombreuses reprises une image qui «ne correspond pas à la réalité».
Les médias tunisiens y sont allés de leur article. Ils ne sont pourtant pas les derniers à s’indigner, parfois dans l’excès eux aussi, de la poussée salafiste. «On ne jettera pas la pierre à la chaîne France 2 (...). Ces manières rappelleraient un peu trop d’anciennes coutumes, celles d’une époque révolue où la Tunisie voulait à tout prix imposer d’elle-même l’image d’une contrée respirant le jasmin et la joie de vivre», écrit La Presse. Sous Ben Ali, les reportages et articles qualifiés d'«inamicaux» pouvaient valoir des coups de fil à l’ambassade de France, voire des campagnes de dénonciation dans les médias. Mais le travail d’Envoyé spécial, enrage le principal quotidien francophone, «ne respecte ni la vérité complexe d’un pays ni le public auquel il est destiné».

Par ELODIE AUFFRAY correspondante à Tunis

source : liberation.fr





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