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jeudi 14 mars 2013

DETTE PUBLIQUE : Islande, un referendum pour sauver le pays de dette ?

L’île s’exprimera demain par référendum sur le remboursement de 3,8 milliards d’euros au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, suite à la faillite bancaire de 2008. Un scrutin discordant avec les négociations entre les trois pays.

 

 


Les Islandais vont-ils faire leur dette de mule ? Ils s’étaient laissés gagner par l’ivresse de l’argent facile, consommant à tout va (voyages, 4x4, appartements neufs), multipliant pour cela les emprunts, et tellement sûrs de la supériorité de leur monnaie (la couronne islandaise) qu’ils contractaient des crédits en devises étrangères (yens, francs suisses). Maintenant, ils sont criblés de dettes. Comme cette jeune femme, dont l’emprunt immobilier est passé de 11 à 23 millions de couronnes (63 000 à 130 000 euros, + 110%) depuis que la monnaie s’est effondrée, emportée dans le naufrage du système bancaire islandais à l’automne 2008. Après la stupeur et la colère vient le temps du ressentiment. C’est lui qui pourrait conduire les Islandais à voter massivement «non» au référendum prévu demain. Un scrutin dont les plus à cran résument ainsi l’enjeu : l’Islande doit-elle oui ou non payer ses dettes ? Sauf qu’en réalité la question est nettement plus complexe.

C’est le président de la République, Olafur Ragnar Grimsson, qui a voulu ce référendum. Une décision prise sous la pression d’une pétition signée par 60 000 Islandais, près d’un tiers de l’électorat. Cela embarrasse considérablement le gouvernement de gauche de Johanna Sigurdardottir, aux affaires depuis un an, qui a tenté tout ce qu’il a pu pour éviter ce référendum.
Sigurdur Einarsson aujourd'hui recherché par Interpol

contribuable. La question posée est ardue. Elle porte sur une loi qui autorise l’Etat islandais à rembourser 3,8 milliards d’euros (soit 40% du PIB islandais) avancés par le Royaume-Uni et les Pays-Bas pour indemniser plus de 320 000 de leurs concitoyens lésés dans la faillite de la banque en ligne Icesave («l’épargne de glace»). Pour les Islandais, Icesave est un chemin de croix. Ils l’ont d’ailleurs rebaptisée «Iceslave» («esclave de la glace»). Icesave, c’était la filiale en ligne de Landsbankinn, l’une des trois principales banques islandaises, destinée à recruter des épargnants sur le Vieux Continent. Lors de l’effondrement du système bancaire islandais, ces épargnants britanniques et hollandais ont tout perdu. Leurs gouvernements respectifs ont accepté de couvrir les pertes, tout en imposant à l’Etat islandais - qui venait de nationaliser ses banques en urgence - de les rembourser. Et c’est ainsi que l’ardoise d’Icesave est retombée sur le dos du contribuable islandais, lui-même déjà pris à la gorge.

Finalement la question n’est pas :«Pour ou contre le remboursement des ex-clients d’Icesave ?» Pas du tout. Les Islandais doivent se prononcer sur des amendements qui modifient la loi Icesave 1 (votée à l’été 2009) en Icesave 2 (votée fin décembre). «Cette question ne se prêtait pas à un référendum. Il faudrait être juriste pour savoir quoi répondre», commente une fonctionnaire islandaise. Beaucoup envisagent l’abstention. D’autres voudraient solder l’affaire Icesave une bonne fois pour toutes. «On aurait moins perdu à prendre tout de suite la responsabilité de cette dette qu’à la faire traîner, ce qui retarde la reprise économique», estime Torfi Tulinius, professeur de littérature médiévale à l’université d’Islande.

Embourbé dans des discussions délicates avec les gouvernements britanniques et hollandais depuis des mois, le gouvernement de Johanna Sigurdardottir est aujourd’hui en très mauvaise posture. Un «Non» au référendum pourrait sonner son glas. Depuis des semaines, le ministre des Finances est lancé dans une course contre la montre afin d’obtenir une nouvelle entente avec les Britanniques et les Hollandais. Un nouvel accord aurait été arraché mercredi soir à Londres, ce qui pourrait rendre le scrutin de demain finalement caduc. 

Mais les Islandais sont à bout de force. «Nous croulons sous les impôts qui ne cessent d’augmenter», regrette une électrice de gauche. En réalité, c’est tout le pays qui s’enlise. Les aides financières du FMI, celles du Danemark, de la Finlande et de la Suède, et même l’entrée dans l’Union européenne, sont en stand-by depuis l’annonce du référendum. «Cette crise a mis en lumière notre position insulaire, au propre comme au figuré, parce que ce n’est pas seulement un fait géographique, mais un état mental», confie Margret Olafsdottir, conférencière à l’Académie des arts de Reykjavik.

«Le pays tout entier vit sous un nuage de dépression et de mécontentement, commente Egill Helgason, animateur du talk-show politique le plus regardé dans l’île. Notre seul avenir, c’est la pêche et la production d’aluminium en série. Quelles sombres perspectives pour la jeunesse.» Depuis dix-huit mois, les Islandais sont passés au régime sec. Baisses de salaires allant jusqu’à 20%, pouvoir d’achat en chute libre (- 25%), budgets sociaux réduits à la portion congrue, chômage de masse… Beaucoup rêvent de quitter l’île. 10 600 personnes ont déjà franchi le pas en 2009, selon l’Office de statistiques islandais. La Norvège recrute tous les jours dans les petites annonces du Morgunbladid, le grand quotidien national.

Rapport. Une autre secousse attend encore les Islandais. Maintes fois reportée, la publication du rapport de la commission d’enquête spéciale sur les responsabilités politiques dans l’effondrement de l’économie de l’île est prévue pour jeudi prochain. Les trois sages à la tête de cette commission ont déjà fait savoir que «jamais un Etat n’aura eu à annoncer d’aussi tristes nouvelles». Ils ont même demandé que trois jours de repos soient accordés aux Islandais. Pour prendre le temps de lire cet imposant rapport et encaisser le choc.

17 avril 2012
source : liberation.fr

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